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Jeudi 29 Juin 2017

ombre

Y penser à deux fois

Il y a quelques jours, nous avons posé cette question aux citoyens malgaches : « une révolte, à mater ou à monter ? ». Il faut en effet se rendre à l’évidence, la situation dans laquelle notre pays se situe actuellement est plus qu’insoutenable et il est impératif d’en trouver la solution. Tout cela pour ne pas avoir à travailler jusqu’à sa mort pour qu’en suite nos enfants n’héritent rien et doivent refaire le même parcours encore et encore. La nécessité de changer les choses devrait être évidente pour tout un chacun. Pour ne parler que des embouteillages, d’ici 5 ans ou même 2, vivrons-nous encore deux heures voire trois de bouchons pendant le trajet  Analakely – Anosy ? Dans cinq ans, aurons-nous ces mêmes problèmes de dahalo et d’insécurité quotidienne encore ? Et les 92% de Malgaches qui vivent actuellement dans la pauvreté seront-ils encore dans la même situation ? On peut aisément imaginer que la situation empire d’ici là en voyant à quel rythme et dans quelle direction va le pays. Penser au meilleur, même le plus optimiste d’entre nous n’ose y réfléchir plus de deux secondes, de crainte d’être traité par ses pairs de rêveur. Mais mieux vaut subir toutes ces insultes que de vivre encore comme aujourd’hui ou, pire, d’ici 5 ans. Toutefois, une révolution ne se fait pas tout bonnement comme cela, sans préparation ni rien. Car les Malgaches ont tendance à agir sur un coup de tête et dans le désordre. Au risque après de regretter cette ère qui, pourtant, est une époque de misère, de pauvreté et de tous ces autres malheurs que le pays a appris à connaitre.

Dix ans après l’exécution de Saddam Hussein, le fantôme du dirigeant irakien continue de hanter l’Amérique, symbole de son ambition fracassée d’apporter la stabilité et la démocratie au Moyen-Orient. Lorsque le dictateur irakien est pendu à Bagdad le 30 décembre 2007, le président américain George Bush et l’opinion américaine savaient déjà que l’invasion de l’Irak, qui a déjà tué près de 3.000 soldats américains, n’avait pas apporté les fruits espérés. L’exécution « ne mettra pas fin à la violence en Irak », reconnaît alors le président américain, qui prévient que « des choix difficiles et des sacrifices restent à faire pour renforcer la jeune démocratie irakienne ». C’est d’ailleurs le même discours qu’on tenu certaines grandes puissance après avoir mis à feu et à sang des pays du tiers monde qui ont un certain intérêt pour eux. Dix ans plus tard en Irak, le compte n’y est toujours pas pour les Etats-Unis. Plus de 5.000 soldats américains sont toujours sur place, soutien indispensable pour une armée irakienne encore incapable d’assumer seule la guerre contre les djihadistes.

Il y a cinq ans, Mouammar Kadhafi et ses derniers fidèles, retranchés dans le district n°2 de Syrte, avaient tenté une sortie, qui leur avait été fatale. Le dictateur avait fini dans une grosse buse, dont il avait été extirpé pour être lynché.  L’histoire semble bégayer en Libye, où la population, dont les conditions de vie se sont très fortement dégradées ces cinq dernières années, semble, pour une bonne part, regretter le temps de Kadhafi. C’est la chute de cette ville qui marqua, en octobre 2011, la fin d’une révolution libyenne commencée huit mois plus tôt. La cité natale de Kadhafi, qui avait démesurément prospéré durant ses 42 années sous la direction de celui qu’on regrette désormais, avait alors été en partie détruite par les pires combats de la révolution libyenne.  La Libye, par elle-même, avait peu de chance, la page dictatoriale tournée, de se construire un avenir serein. Mais l’aide extérieure, qu’au demeurant elle refusait, ajouta plutôt à ses problèmes. Français, Anglais et Américains qui, par leur soutien militaire, avaient fait tomber Kadhafi et son régime, ont été incapables d’accoucher et d’accompagner les premiers pas d’une nouvelle Libye.

Ces faits historiques nous servent alors de témoin en ce qui concerne l’organisation d’une révolution. Il ne faut, en aucun, cas se précipiter à faire quoi que ce soit, ou agir tout simplement sous une impulsion étrangère ou peu importe. De toute façon, la situation malgache ne nécessite pas encore le recours à la force, à des kalachnikovs ou à des chars de combat. Le premier pas nécessaire serait une révolution ou plutôt un réveil de la mentalité. A notre stade, cela suffirait déjà. Aussi, avant de faire une révolution, il faudrait y penser à deux fois.

Ny Aina Rahaga

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